Dans une grande ville tenue majoritairement en vie par la communauté étudiante, il arrive que l’on sorte souvent très tard le soir, que l’on dorme trop et que l’on soit par conséquent en retard, très en retard !
Alors qu’American Dread de Dreadzone commençait à tourner sur mon iPod, j’entamais de mon côté une marche hâtée jusqu’à a la station la plus proche pour attraper un bus dans la folie d’une matinée qui commençait déjà sur les chapeaux de roues.
C’est alors qu’en me trouvant à moins de vingt mètres de celle-ci, j’en aperçu un s’y arrêtant en trompe.
Dans ces moments là, vous ne réfléchissez plus et vous utilisez à rapide escient les deux fois cent-deux centimètres qui vous servent de jambes pour rentrer, coute que coute, dans l’un des transports en commun les plus malsains du matin.
Mais c’est lorsque que vous arrivez finalement à destination et que vous appuyez hystériquement sur le bouton qui devrait vous ouvrir les portes du véhicule que celles-ci n’en font rien. Vous lâchez un "nan nan nan nan" de plus en plus fort en constatant que l’infâme monstre urbain se carapate sans vous.
Vous réfléchissez encore moins et tout en ayant émigré sur Back To The Wall de Stephane Pompougnac, votre iPod vous donne vraiment l’impression d’être dans un film : c’est alors que vous entamez un sprint jusqu’à la prochaine station, côte à côte avec ce bus qui, on peut le dire, vous pourrit déjà votre début de journée.
Les piétons vous regardent abasourdis, dans votre hâte vous lisez sur leurs visages des choses du type : "va-t-il y arriver ?".
Alors que vous, vous pensez à une multitudes d’autres choses…
"Pourquoi ai-je arrêté le sport après le lycée ?" "Pourquoi est-ce que je continue à fumer ?" "Est-ce que je vais mourir ?" "Ce conducteur pervers me voit courir comme un chien, j’en suis sûr…"
Vous arrivez finalement en même temps que lui à l’arrêt suivant, vous avez couru cent cinquante mètres et vous êtes cadavérique, sans vie même, mais vous êtes arrivés en même temps, EN MÊME TEMPS !
L’état de fureur dans lequel vous vous trouvez, face à cet acte de non-respect des usagers, vous pousse a monter par la porte de devant, de façon à pouvoir toucher deux mots à votre nouveau bourreau des matins difficiles…
"La prochaine fois Monsieur le conducteur, attendez au moins que je puisse accrocher mon harnais à l’arrière de votre véhicule avant de repartir… C’EST SCANDALEUX ! VOUS M’AVEZ PRIS POUR CHIEN !"
Sentiment de malaise dans tout le wagon, sans grande surprise les usagers déjà présents baissent les yeux, nous sommes en France c’est donc prévisible.
L’homme vous somme de baisser d’un ton et de descendre, vous n’en faites rien et vous rétorquez un : "Non Monsieur, je ne descendrais pas, je paye 200 euros d’abonnement par an afin d’assurer mon transport quotidien et par la même occasion votre revenu mensuel qui quant à lui, lorsque l’on voit vos pratiques, tendrait vraiment à être revu à la baisse si celles-ci s’avéraient être dénoncées !"
Subitement, vous inspirez le respect et certaines personnes vous regardent dans les yeux avec de grands sourires approbateurs que vous ne relevez même pas, tellement vous les assimilez au sens du vent.
Vous vous installez sur un siège au moment où le bus repart, vous avez finalement gagné !
Le soir suivant, alors que j’étais seul chez moi, je me suis mis à penser à notre aptitude à arrondir les angles, à réussir à prendre le dessus positivement sur les évènements brutaux et négatifs de notre vie.
Je me rendais compte à quel point je pouvais être fort parfois, à quel point la détermination de m’en sortir dans divers domaines pouvait avoir une impact sur les situations de ma vie.
Mais je ne pouvais m’empêcher de me poser la question suivante : étais-je réellement capable d’en faire de même avec mes relations ?
Les ruptures et les peines de coeur ont tendance à nous renforcer sur le long terme, il n’est pas rare de constater des changements dans notre personnalité après leur passage dans notre vie.
Peut-être que c’est même génial au final de réagir de la sorte, on sait à quel point en grandissant et ce, dans la vie de tous les jours, il faut savoir mener sa barque, garder la tête haute afin de ne pas se faire dévorer, morceau par morceau.
Pour l’instant, j’en étais toujours à expérimenter cette possibilité.



